Stage ancrages et encrage, yoga et encre de chine

Envie d’une escapade, d’un temps pour vous, envie de développer votre créativité ? Ce stage est fait pour vous, dans un écrin de nature et de quiétude. Un temps pour se ressourcer, un temps pour s’ancrer dans le souffle, un temps à soi pour créer, l’espace d’un week-end, le temps d’un souffle.

« En peignant un paysage le souffle rythmique doit seul guider le pinceau. Le jeu du pinceau doit être dominé par le souffle. Lorsque le souffle est, l’énergie vitale est »

Vide et plein, François Cheng

« La respiration s’ajuste à la fois au corps et à l’esprit, et c’est le seul outil qui peut les rassembler, les illuminant tous deux et leur apportant la paix et le calme ».

Thich Nhat Hanh

« Quand la respiration est instable, le mental est instable ; quand la respiration est stable, le mental est stable et le Yogi atteint l’immobilité. C’est pour quoi l’on doit maîtriser la respiration ». 

Hata Yoga Pradîpikâ

LE STAGE

Si les termes de corps, souffle et esprit parlent aux pratiquants du yoga, cette trilogie se retrouve aussi au fondement d’autres disciplines orientales, notamment, les arts martiaux et… l’art du pinceau en Extrême-Orient !

Tout comme le yoga, le chemin de l’encre exprime la plus haute spiritualité au travers du corps, du souffle et de la conscience.

Ce stage sera l’occasion d’explorer les points de convergence entre yoga et art du pinceau, pour aboutir à la réalisation d’une œuvre personnelle. Les techniques du yoga (ancrage, pranayama, visualisations…) seront mises au service de ce travail créatif afin d’en faciliter l’éclosion.

ORGANISATEURS

Jean-Pierre Gasnier, Manashanti Yoga, enseignant de Hata yoga, yin yoga et yoga nidra

Suzy Xuan Thu Lloret, artiste peintre

PROGRAMME

Vendredi 04/12

16H00 : accueil des participants

18H00 : Cercle d’ouverture, présentation du stage, pratique d’un yoga doux

19H30 : Dîner

21H00 : Yoga nidra

Samedi 05/12

6H30 : Méditation guidée

7H00 : Pratique matinale (postures d’ancrage et d’ouverture du cœur, pranayama)

8H30 : Temps libre

9H00 : Petit déjeuner

9H45 : Introduction aux fondements de l’art pictural d’Extrême-Orient

11H15 : Pranayama

11H45 : Découverte des gestes et du mouvement du pinceau

13H00 : Déjeuner

14H30 : Pratique de techniques de visualisation

15H15 : A la découverte du motif, observation, mise en pratique

17H00 : Temps libre

17H30 : Atelier : la composition picturale

19H00 : Temps libre

19H30 : Dîner

21H00 : Yoga nidra

Dimanche 6/12

6H30 : Méditation silencieuse

7H00 : Pratique matinale : Yin yoga et lâcher prise

8h30 : Temps libre

9H00 : Petit déjeuner

10H00 : Réalisation de l’œuvre choisie sur « papier Xuan »

12H30 : Temps libre

13H00 : Déjeuner

14H45 : Temps de partage, questions/réponses

15H45 : Méditation à partir de quelques textes

16H15 : Cercle de fermeture/

Rangement des gîtes/Départ

LIEU

L’Oustaou du Lubéron, la Tuiliére – 84530 Villelaure

+33(0)6 64 90 56 24
+33(0)4 90 09 84 95
oustaouduluberon@gmail.com
http://www.oustaouduluberon.com

ACCES

AÉROPORTS Marseille Provence http://www.marseille.aeroport.fr

GARES TGV Aix en Provence, Marseille, Avignon http://www.voyages-sncf.com

PROXIMITÉ à 25 km d’Aix en Provence à 50 km de Marseille

TARIFS

• 390€ / pers, en ch partagée
• offre duo 700€ (lit double)
• Séjour pour min 8 pers | max 12 pers

Votre séjour comprend
• Hébergement de 3 jours / 2 nuits dans un
gîte et chambres partagées, draps à usages
uniques
• Pension complète avec des repas sains et
équilibrés
• Programme d’activités mentionné ci-dessus

Bon à savoir
Vous avez la possibilité de régler votre séjour
jusqu’à 5 fois sans frais. Le solde devra être payé
30 jours avant le début du séjour.
Formulaire d’inscription disponible sur demande.

INSCRIPTIONS

Les inscriptions se font directement auprès de l’Oustaou du Luberon.

+33(0)6 64 90 56 24
+33(0)4 90 09 84 95
oustaouduluberon@gmail.com
http://www.oustaouduluberon.com

Voir : https://www.oustaouduluberon.com/sejours_fr/stages-organises/

Photo de Wallace Chuck sur Pexels.com

Lâcher prise (encore…)

Photo de Artem Beliaikin sur Pexels.com

« Lâcher prise », mais qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai déjà consacré un article à cette question que j’ai traitée sous l’angle de la philosophie du yoga. Mais certains m’ont dit « c’est bien beau tout ça, mais concrètement comment fait-on ? »

Pour tenter de répondre à cette question, je partirai de mon expérience, ce qui me semble être le plus simple et le plus authentique comme démarche. Lorsque j’ai commencé le yoga, persuadé que c’était une activité physique « douce », je me suis très vite rendu compte que le yoga demandait de réels efforts physiques. Pourquoi les autres parviennent à réaliser cet asana apparemment en douceur et pas moi ? Alors, j’ai lutté. Lutté contre moi, lutté pour tendre vers un alignement idéal, lutté pour tenir l’asana, lutté pour ne pas hurler à la figure du prof que « là, STOP ! j’en ai marre, je n’y arrive pas, à quoi ça sert ? ».

J’ai lutté jusqu’à ce que je me rende compte que ça ne servait à rien. Alors, je m’y suis pris autrement. Plutôt que de tendre vers un alignement idéal (en tout cas dans mon esprit), j’ai cherché à comprendre pourquoi on faisait tel asana, à comprendre quel était le but recherché. J’ai cherché comment réaliser l’asana sans lutter et j’ai finalement compris qu’on ne pratique pas contre la posture, mais avec. On l’accompagne et elle nous accompagne. J’ai compris que je pouvais aussi bien travailler en allant moins loin, en ne cherchant pas à imiter les autres. J’ai compris aussi que certaines postures qui me paraissaient faciles étaient manifestement plus difficiles pour d’autres et que l’inverse était certainement vrai. Dès lors, j’ai pu entrer et tenir les postures plus facilement, j’ai pu occuper mon mental à autre chose qu’à lutter, à forcer, à aller contre. Et donc, j’ai commencé à prendre plaisir à la pratique et de là à pratiquer plus régulièrement et ô miracle, j’ai progressé dans les postures. J’aime beaucoup cette phrase entendue un jour lors d’une retraite et que je répète souvent à mes élèves : « le yoga c’est millimètre par millimètre, soyez patients ».

Alors oui, « lâcher prise » ça veut dire observer, s’observer pendant la pratique, observer comment notre mental nous joue des tours, comment lorsque arrive LA posture difficile il nous dit « oh non, encore elle, je n’y arrive pas, je ne l’aime pas ». Lâcher prise consiste alors à prendre la posture, comme on peut, sans a priori, sans résistance et à se dire que si on y arrive pas cette fois-ci, eh bien à force de travail et de persévérance on finira bien par y arriver ou que si on n’y arrive pas, notre vie n’en sera pas fondamentalement bouleversée, qu’il y a bien d’autres postures. Lâcher prise ça consiste aussi à regarder le côté positif des choses, de notre pratique, ce que nous sommes capables de faire, les progrès réalisés. Lâcher prise ça veut dire ne pas rechercher la compétition si on n’est pas un compétiteur dans l’âme, ne pas lutter contre soi, contre les autres, ne pas s’imposer une image idéale, un objectif impossible. On ne grimpe pas l’Everest quand on n’est pas encore capable de grimper une colline sans s’essouffler. Alors inutile de viser l’Everest car ce sera source de bien des frustrations. Lâcher prise c’est s’accepter, accepter ses limites, voir s’il est possible de les repousser et comment, sans se faire mal et accepter que certaines limites ne seront jamais dépassées. Lâcher prise c’est apprendre à respecter ses limites, son corps pour pouvoir s’accepter, c’est apprendre à aimer ces limites, à apprendre à travailler avec, mais à travailler quand même et à découvrir toute la beauté qu’il y a dans le fait d’être capable de travailler des asanas malgré ces limites.

Lâcher prise c’est tout un programme, celui d’une vie, parce que quand on a compris ce que cela signifie sur son tapis, alors on comprend que cette attitude nous pouvons la transposer dans notre vie quotidienne qui, tout d’un coup, devient tellement plus facile et tellement plus belle. Ce que nous apprend la fait de lâcher prise, c’est que nous pouvons éviter des luttes inutiles et explorer la vie avec gourmandise, comme nous explorons notre corps et notre mental sur le tapis, avec rigueur et bienveillance.

Il y a quelques jours, j’avais posté une annonce pour un cours sur Facebook et choisi une photo sur une banque d’images. Cette photo a déclenché une vague de commentaires à l’initiative d’une enseignante qui estimait que la photo n’aurait pas dû être utilisée parce que l’alignement des personnes sur la photo dans la posture du chien tête en bas n’était pas bon. D’autres enseignants s’en sont mêlés ajoutant chacun leur commentaire, faisant assaut de savoir quand à ce qu’il fallait faire et ne pas faire… Mais que savaient-ils de ces personnes sur la photo ? Que savaient-ils de leurs difficultés ? Manifestement il aurait fallu répondre à un canon, sacrifier à la dictature de l’alignement. Je m’y refuse. Non pas qu’il ne faille pas respecter un certain alignement pour éviter de se faire mal, mais parce que j’ai appris que parfois à vouloir trop respecter l’alignement orthodoxe on peut se faire mal, parce que j’ai appris que lorsqu’on indique l’alignement, on doit surtout indiquer ce qu’on cherche et ce qu’on doit absolument éviter et qu’on doit accompagner les élèves pour qu’ils trouvent leur meilleur alignement. La^cher prise c’est cela aussi pour un enseignant de yoga, lâcher prise sur une certaine orthodoxie, un certain idéal et ne pas demander à un élève qui pratique une à deux fois par semaine ce qu’on peut exiger d’un yogi qui pratique plusieurs heures par jour…

« Lâcher prise » peut, je le pense sincèrement, se résumer par deux autres mots : humilité et bienveillance.

« Yoga cittavritti nirodah » « le yoga est la cessation de la fluctuation du mental »

(Yoga sûtra de Patenjali, Samadhipada, 1.2)

Photo de Diego Madrigal sur Pexels.com

Programme des cours de yoga rentrée 2020-2021

Photo de Tim Savage sur Pexels.com

Chers amis,

J’ai le plaisir de vous annoncer que le programme de mes enseignements de yoga est en ligne sur ce site. Vous pourrez les retrouver sur la page « cours » rubrique « programme ».

Des cours de Hata traditionnel, de Hata Flow, de Hata et Pranayama, ainsi que des cours de yin et de nidra.

Vous pourrez également retrouver le programme des ateliers de septembre à décembre sur le site http://www.holistika-le-studio.fr

En espérant avoir le plaisir de vous retrouver prochainement pour pratiquer et avancer dans notre pratique, dans le respect de chacun.

Toutes les mesures de sécurité en raison du Covid 19 sont respectées.

Le yoga selon Patanjali

« Le yoga est donc l’art qui amène un esprit incohérent et dispersé à un état de réflexion et de cohérence »

B.K.S Iyengar, « Pranayama pradipika »,

Qu’est-ce qui nous fait agir, réfléchir, comprendre ? Selon Patanjali et tous les grands philosophes du yoga, ce qui nous fait réfléchir, agir et comprendre, c’est la conscience (« Chitta »), qui est formée de trois éléments que sont l’esprit (« manas »), l’intellect (« buddhi ») et l’ego, le soi (avec un petit « s ») (« ahamkara »).

« Manas », c’est l’esprit au sens où nous l’entendons habituellement, le mental. « Manas » collecte et centralise l’ensemble des données procurées par les sens, il les traite et permet d’avoir une relation d’objet. Manas est ce qui produit les idées, ce qui pense, nourri par les perceptions. Il est en lien direct avec les fonctions de perception (« Indriyas ») et d’action (« karmendriyas ») et il les coordonne. Il est important de comprendre que manas est de même nature que ces fonctions de perception et d’action. « Manas » est toujours en mouvement, produit des idées, interprète les sensations et produit des émotions, des réactions. C’est par « manas » que nous désirons et éprouvons de la répulsion. « Manas » est donc ce que le yogi cherche à discipliner par sa pratique pour éviter ce mouvement perpétuel qui le fait fuir ce qu’il estime désagréable et rechercher ce qu’il trouve agréable (répulsion/désir, appétence).

« Ahamkara », est le principe qui permet l’individuation, le « moi ». En considérant les choses comme « miennes », en s’appropriant les perceptions et les expériences, « ahamkara » permet de construire une identité apte à dire « je » par opposition à ce qui est autre. « Ahamakara » peut donc être un principe qui engendre l’auto-limitation : « je pense que je suis ceci », excluant du même coup tout ce qui n’est pas conforme à la perception de ce « je ». « Ahamkara » n’est finalement qu’une collection, une accumulation d’images de soi, plus ou moins fluctuantes. Il n’est donc pas définitivement assigné.

« Bhuddi » désigne la conscience par excellence, la conscience intuitive, lucide qui permet de prendre des décision, de raisonner, de discerner, d’imaginer, de discriminer. La fonction de discernement de « bhuddi » est essentielle car c’est elle, au-delà des mouvements de manas qui nous conduisent à désirer ou rejeter, qui permet de déterminer ce qu’il convient de garder et ce qu’il faut rejeter, ce qui est « bon » ou « mauvais » non pas au sens exclusivement moral, mais au sens de ce qui permet ou non la libération. « Bhuddi » est une sorte de miroir qui réfléchit le Soi, le principe divin. Il est donc nécessaire que ce miroir puisse réfléchir au mieux et pour cela il faut le polir. C’est le travail du yogi.

Toutefois, la difficulté vient de ce que nous rencontrons systématiquement cinq obstacles sur la route de l’éveil : l’ignorance (avidyâ), l’égoïsme (asmita), l’attachement (raga), l’aversion (dvesa) et l’amour ou l’attachement à la vie (abhinivesa). Ce sont ces cinq obstacle qui, selon leur prépondérance font que la conscience (« chitta ») sera plus ou moins active.

On distingue généralement cinq états de la « chitta » : l’engourdissement (mudha), la fluctuation (ksipta), la stabilité partielle (viksipta), la stabilité et la concentration sur un seul objet (« ekagrata ») et enfin, la « chitta » maîtrisée (niruddha). Le travail du yogi est de faire en sorte que les désirs (« vasanas ») cessent d’alimenter « chitta » afin de la purifier. Et c’est une fois purifiée que « chitta » peut devenir source d’éveil.

Les huit étapes du yoga décrites par Patanjali permettent de vaincre un à un ces obstacles. Yama et Niyama (les préceptes éthiques) permettent de vaincre la conscience engourdie, asanas et pranayama permettent de la stabiliser, pranayama et pratyhara (le retrait des sens) facilitent la concentration et l’attention. Enfin la conscience stable est maîtrisée grâce à dyahna et samhadi. Aucune de ces étapes ne peut être négligée ou méconnues afin de permettre au yogi de connaître son corps et son esprit, mais aussi son moi et son intellect et d’avancer dans la voie de la réalisation qui, selon les philosophes du yoga est en fait une voie de dissolution du « moi » dans le divin. Le chemin part des koshas les plus externes, du corps de nourriture, pour accéder petit à petit à l’esprit, puis à l’intellect et à la conscience qui elle-même va permettre de remonter à l’Atman (le Soi).

Le yoga est donc bien autre chose qu’un ensemble de postures plus ou moins esthétiques ou acrobatiques. C’est un chemin de vie, un chemin de réalisation qui passe par la maîtrise du corps, grâce aux asanas et au pranayama notamment et par la maîtrise de l’esprit.

Holistika

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Holistika, c’est une nouvelle aventure qui démarre à Marseille avec mon amie Alexandra et j’en suis extrêmement heureux. Holistika, c’est un nouveau studio qui s’ouvre au 479 rue Paradis à Marseille (13008) où vous seront proposés des cours de Hata yoga, des cours de Yin yoga, de Yoga du dos, de Yoga nidra, d’Ashtanga, et aussi des cours spécialement dédiés aux femmes, Hormon yoga et yoga de la fertilité, ainsi qu’un cours de méditation de pleine conscience.

Holistika ce sont trois enseignants, Alexandra B., Carine K. et moi-même, pour offrir une palette aussi variée que nos personnalités, nos expériences et nos pratiques respectives nous le permettent.

Holistika ce sont des cours tous les jours de la semaine, des ateliers thématiques; des stages, des retraites, des professeurs invités.

Holistika c’est une aventure, un projet, une démarche. Pour en savoir plus, consultez le site : https://www.holistika-le-studio.fr/

Vous y trouverez des cours pendant tout le mois d’août, ainsi que le programme de la rentrée. Au plaisir de vous y retrouver.

Lâcher prise

Nous avons tous entendu cette injonction « lâchez prise », que ce soit dans un cours de yoga ou dans une lecture sur un réseau social quelconque. Mais qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Se moquer de tout ? Cela ne semble pas aller dans le sens des enseignements de maîtres du yoga ou de ceux du bouddhisme. Faire le vide ? Toutes nos expériences que ce soit en yoga ou en méditation nous montrent qu’on ne fait jamais le vide. Alors, ça veut dire quoi ?

Parce que c’est bien joli de ressasser qu’il faut « lâcher prise », mais concrètement, on s’y prend comment ? Si la « lâcher prise » est si important (et il l’est) cela vaut la peine de s’interroger sur ce que cela veut dire.

Comment lâcher prise face à la douleur ? Comment lâcher prise quand on est assailli par des émotions négatives ou des sensations inconfortables ? Mais aussi, faut-il lâcher prise quand on est assailli par des émotions positives, des sensations agréables ? Et surtout lâcher prise pour quoi faire, pourquoi ?

Pour répondre à ces questions, il faut peut-être commencer par une autre question : qui tient, qui s’agrippe aux émotions, aux sensation ? Le yoga en référence au Samkhiya répondra « ahamkara », c’est à dire l’identification de tout un chacun à un « soi » individuel (« jiva« ) et l’attachement à cet « égo », à ce « je ». C’est cet ahamkara qui fait que l’individu peut se percevoir comme individu, c’est à dire séparé des autres.

De l’Ahamkara naissent, selon les Tattvas, d’une part, Manas (le mental) et d’autre part les cinq sens (« buddhindriya« ) et les cinq facultés d’action (« karmendriya« ). Ce sont ces cinq sens et ces cinq facultés d’action qui sont en lien direct avec Ahamkara et qui viennent en quelque sorte alimenter cette perception d’un « je » individualisé, séparé. Le sens et les facultés d’actions sont donc les portes qui permettent via le manas (le mental) à l’Ahamkara (le « je ») d’être en contact avec le monde et donc de ressentir, d’éprouver des sensations et également des émotions que le « manas » (le mental) s’efforce rapidement de traduire, de juger comme bonnes ou mauvaises, car le manas comprend outre la raison, la mémoire et l’imagination.

Donc ce « je » est ce qui veut vivre, ressentir les choses qu’il juge « bonnes » et fuir les choses qu’il juge « mauvaises ». C’est de là que naissent le désir de posséder, de jouir, de s’opposer aux autres, ainsi que toutes sortes de réactions telles que la colère, la jalousie, la volonté de domination etc.

Dans ce contexte, lâcher prise revient à dire de mettre manas en pause d’une certaine façon, afin de ne plus anticiper, imaginer ce qu’il peut en être du plaisir ou du déplaisir, de la jouissance ou de la souffrance. Cela signifie accueillir les sensations, les émotions, les voir pour ce qu’elles sont, mais ne pas s’y agripper.

On connaît bien cela quand on pratique le yoga. Dès lors qu’on aborde telle posture particulièrement difficile ou inconfortable, soudain notre esprit nous dit qu’on va ne pas être bien, que ça va être difficile, et nous incite à sortir de la posture.

Or, l’ego, plus qu’une réaité figée est un processus. Ahamkara signifie littéralement « fabrication du soi ». Autrement vous et moi, tout être humain se fabrique son « moi ». Le terme important ici c’est « fabriquer ». Et si l’on perçoit l’Ahamkara comme un processus, on ne peut plus le percevoir comme une entité.

L’ego, l’ahamkara, est quelque chose de nécessaire car il permet d’avoir conscience de son individualité et il s’inscrit en cela dans le processus de création de manifestation de la matière par la diffusion et la division de la Prakriti. Mais s’il n’est pas une entité, il ne saurait en aucun cas représenter la véritable nature de l’humain.

A ce stade, yoga et bouddhisme s’éloignent un peu. Pour le yogi, la véritable nature de tout être humain, c’est le « Soi » (avec une majuscule), vers lequel il importe de retourner en abandonnant la multiplicité, la dualité pour retourner à l’unité. Pour le bouddhisme, il n’y a tout simplement pas de « je » : Anatta. Et le bouddhisme ne dit rien quant à l’existence d’une divinité ou de divinités suprêmes, ce n’est pas son propos. Quoi qu’il en soi, être capable de percevoir cette réalité selon laquelle le « moi, le « je », l’ego n’est pas une réalité, pas une entité, que ce soit sur le chemin du yogi ou sur celui de la méditation bouddhiste, est la seule façon d’avancer.

Antakarana pour les yogi, c’est à dire la conscience d’appartenir à un tout unique, passe nécessairement par le moment où le mental va lâcher l’attachement à la division pour percevoir l’unité.

Pour les bouddhistes, être conscient d’anatta, du « non-soi » ou « non-je » est le seul chemin qui permette de laisser aller l’attachement aux sensations et émotions pour demeurer dans la conscience de l’instant présent et voir le dhamma tel qu’il est. Le seul chemin qui, passant par le détachement de tout désir, va permettre de devenir un Arahant et de ne pas renaître dans le flux du samsara.

Voilà donc dans quel contexte s’inscrit cette notion de « lâcher prise ». Nous sommes loin d’une notion « new age » de bien-être, d’abandon ou de je ne sais quoi. Lâcher prise suppose de savoir ce qu’il en est du processus de fabrication du moi, des sensations et des émotions, de savoir ce qu’il en est de notre attachement à ces émotions ses sensations, à nos désirs, pour connaissant la véritable nature du « je » être capable de lâcher tout cela, de s’en détacher.

Pour le dire autrement, « lâcher prise » suppose un savoir. Non pas un savoir livresque, mais un savoir né de l’expérience, elle-même produite par l’observation de nos réactions de nos désirs, de nos aversions et de leur processus de fabrication. L’ennemi du progrès spirituel que la notion de lâche prise contient relève de l’ignorance (« Avidiya » ou « Avijja »).

Cette connaissance par l’expérience et l’observation soutenue, nous pouvons l’acquérir par la pratique. Cette pratique peut être celle des asanas. Pour cela il faut pratiquer en conscience en portant une grande attention sur nos sensations, nos émotions et les réactions de notre mental. Mais il peut aussi s’agir d’autres pratiques telle que le yoga nidra ou la méditation vipassana, qui permettent d’affiner la conscience et d’observer les mouvements du mental et comment les émotions, sensations ou autres sont produites pour être capable de mieux s’abstraire de notre propension à nous attacher.

Alors, la prochaine fois que vous pratiquerez, pensez à éveiller votre conscience, à l’exercer pour repérer vos attachements et commencer, doucement, progressivement à vous en libérer, à « lâcher prise ».

Lâcher prise c’est donc s’autoriser à ne plus porter le fardeau de nos attachements, de nos désirs et de nos aversions. Un beau programme, non ?

A mes maîtres

Aujourd’hui, je souhaite rendre hommage à mes maîtres. Par maîtres, je veux dire tout ceux qui ont fait que je suis devenu l’homme que je suis, le professeur de yoga que je suis, tout ceux qui m’ont montré le chemin et m’ont accompagné pour un temps, d’une façon ou d’une autre..

Quand on pense à nos maîtres, on pense bien entendu, très directement, à tous ceux qui nous ont formés, nos professeurs. Je leur suis reconnaissant pour leur implication, leur engagement, leur passion, leur patience également et pour nous avoir fait avancer pas à pas sur le chemin. Chemin de la découverte du yoga, chemin de l’approfondissement de la pratique, chemin vers la compréhension de ce qui est en jeu dans chaque asana, chaque souffle, chaque chakra, chaque vayu, chaque bandha, chaque drishti. Chemin vers la compréhension du fait que le yoga n’est pas juste une discipline physique et qu’il ne s’agit pas de « bien » faire ou de « réussir », mais d’essayer, d’expérimenter, de « rater », de recommencer, de comprendre ce qui ne marche pas et pourquoi et parfois de l’accepter, simplement, de comprendre également pourquoi ça marche, aussi, et de l’accepter tout aussi humblement.

Une particulière mention à celui qui m’a fait découvrir le yoga nidra, enseignant avec simplicité et humilité ce qu’il a lui-même reçu de son maître dans les montagnes du nord de l’Inde. Qu’il soit remercié pour ce chemin qu’il m’a ouvert, pour ses précieux conseils, pour n’avoir jamais joué au maître, mais pour l’avoir été, en toute simplicité, peut être parce qu’il ne cherche pas à l’être.

Je voudrais également exprimer ma gratitude envers tous les autres qui, souvent sans le savoir, ont également été mes maîtres. Tel élève qui suivait la même formation que moi et qui a été un soutien inattendu dans un moment où je me trouvais en difficulté, dans un moment de doute ou de lassitude, simplement par un sourire, une attention muette expression de sa compréhension, de sa présence, de sa bienveillance. Tel moine rencontré dans un temple bouddhiste à Lampang (Thaïlande), avec qui j’ai pu discuter un quart d’heure et qui en une phrase a bouleversé ma vie.

Il y a encore tous ceux que je n’ai jamais rencontré physiquement (et pour certains, que je ne pourrai jamais rencontrer) mais qui nourrissent ma pratique par leur sagesse et leurs enseignements et que j’ai pu découvrir soit par des vidéos, soit par leurs écrits. Je citerai bien sûr, entre autres,Krishnamacharya, TKV Desikachar, BKS Iyengar, E Van Lysebeth et puis bien sûr, les grands classique dont Patanjali.

Il y a également tous ceux que je n’ai pas encore rencontrés et ils sont nombreux, que j’ai pu découvrir au hasard de lectures ou de navigations sur Internet et qui ont pu m’apporter une réponse, une inspiration, un moment de joie par un mot, une phrase, une idée, une attitude.

Et enfin, je voudrais remercier mes élèves. Ils sont mes maîtres, parce que leur engagement, leur joie, leurs questions sont pour moi autant de source de motivation, d’inspiration, d’incitation à chercher et à expérimenter encore et encore.

Merci donc à tous ceux-là et tous ceux que j’oublie peut-être à l’instant où j’écris ces lignes. Merci sincèrement.

Pranayama

Je salue le seigneur Hanuman, le Seigneur du Souffle, Fils du Dieu Vent, qui porte cinq visages et demeure en nous sous la forme des cinq vents ou énergies, habitant notre corps, notre esprit et notre âme, qui réunit Prakriti (Sita) à Purusha (Rama). Puisse-t-il accorder sa bénédiction à l’adepte en unissant son énergie vitale (prâna) à l’Esprit Divin qui est en lui.

Prâna est l’énergie physique, mentale, intellectuelle, sexuelle,spirituelle et cosmique, ainsi que toutes les énergies vibratoires, chaleur, lumière, magnétisme etc. Prâna est le principe de vie et de conscience selon les Upanishad c’est ce qui anime tous les êtres vivants. Quand nous naissons, il nous faut ce prâna, le Souffle pour vivre, quand nous mourrons, le Souffle se dissout dans le Prâna universel. Tout ce qui est animé, mais également tout ce qui est inanimé est pénétré de prâna. C’est la raison pour laquelle le yogi s’intéresse au prâna.

Les fonctions corporelles sont mues par les cinq vayus (cf. le post précédent, « Le Prâna, les nâdis, les vayus » sur ce site). Le rôle du Pranayama est d’activer ces vayus par l’intermédiaire des inspirations et des expirations pour déboucher les nadis et de permettre une circulation optimale et équilibrée du prâna, ce qui permet d’apaiser les sens et l’esprit. Le Hata Yoga Pradipîkâ énonce « quand le souffle (prâna) est instable, l’esprit (chitta) est instable. Quand le Souffle est stable, l’esprit est stable et le yogi atteint l’immobilité, c’est pourquoi le yogi doit maîtriser le souffle ».

Les yogas sûtras de Patanjali définissent le Pranayama comme l’admission et l’évacuation du Souffle dans une posture stable et fermement établie (Chap. 2, sûtra 49-51).

Pranayama est un mot composé de Prâna, le souffle et de Ayama qui signifie tout à la foi « extension », « expansion », « régulation » prolongation », « retenue » et « contrôle ». Le Pranayama est donc un ensemble de techniques qui permettent la prolongation du Souffle dans toutes les dimensions (Ayama signifie également « longueur » et « largeur »), mais également sa retenue et son contrôle. Ces techniques visent à permettre aux organes respiratoires de se dilater volontairement selon un rythme donné et de façon intensive. Pour cela, le pranayama va travailler sur les inspirations (puraka) qui stimulent l’organisme et ouvrent les nadis, sur les expirations (rechaka), qui éliminent les toxines et l’air vicié et également sur les rétentions du souffle (kumbakha) qui assurent la diffusion de l’énergie. On comprend alors le rôle des divers vayus qui interviennent à chaque étape de la technique.

Le Pranayama permet donc de discipliner le Souffle et par ce moyen, de discipliner l’Esprit (Chitta).

Parce qu’il agit dans toutes les directions sur les organes respiratoires, le Pranayama permet aux liquides organiques de mieux circuler et de mieux remplir leurs fonctions, et aux poumons de mieux éliminer le gaz carbonique. Il assure ainsi un meilleur fonctionnement de l’ensemble des organes internes que ce soit grâce à l’amélioration des échanges gazeux due notamment à l’augmentation du débit sanguin et à la teneur en oxygène du sang, ou au massages internes que les exercices permettent et qui améliorent par exemple les contractions péristaltiques des intestins. Enfin, il neutralise efficacement l’acide lactique..

Toutefois, les pratiques de Pranayama doivent être menées avec prudence et de préférence sous la conduite d’un maître, car une mauvaise pratique peut entraîner des désordres (asthme, toux, hypertension, douleurs dans les yeux et les oreilles, sécheresse de la langue, problème pulmonaires).

Pratiquer le Pranayama est une des ascèses des yogis. On l’appelle même la grande ascèse (Maha tapas) qui conduit à une purification de l’ego et à une grande maîtrise de Chitta..

Toutefois si le Pranayama est bien cité dans les Yogas Sûtras de Patanjali comme l’un des huit membres du yoga, il est cité après les asanas. Il est recommandé de pratiquer d’abord les asanas avant de pratiquer intensivement Pranayama car un corps mal discipliné sera un allié peu sûr. Il est donc nécessaire d’être en mesure de mouvoir correctement les muscles nécessaires aux pratiques du Pranayama (muscles intercostaux, muscles pelviens et thoraciques) et pour ce faire, de pratiquer les asanas qui favorisent la connaissance et la maîtrise de ces muscles.

La pratique du Pranayama, comme celle des asanas suppose de la régularité. Mieux vaut un peu tout les jours que beaucoup (voire trop) de temps en temps. Elle suppose également de la détermination et surtout d’être pratiquée en allant pas à pas et avec attention et intention.

BKS Iyengar donne de précieux conseils pour la pratique :

  • ne pas pratiquer d’asanas immédiatement après une séance de Pranayama ;
  • ne pas pratiquer quand l’esprit et le corps sont lourds . Si tel est le cas, pratiquez shavasana et ensuite le pranayama ;
  • ne pas pratiquer en cas de trouble mentaux, d’angoisse, de confusion ;
  • ne pas pratiquer de rétentions (kumbhakas) avant d’aller dormir ou si le cerveau est sensibilisé par des stimulis externes ou des préoccupations ;
  • ne pas pratiquer à la hâte, no lorsque les poumons sont engorgés
  • Eviter toute activité et de parler après avoir travaillé Pranayama. Il est conseillé de prendre un temps entre la séance et la reprise d’activités ;
  • ne pas pratiquer après un repas ou si vous avez faim (attendre au moins 4 heures après un repas) ;
  • rester vigilant et notamment apte à déceler les erreurs. Si de telles erreurs sont repérées, ne pas les laisser s’enraciner ;
  • stopper le Pranayama dès qu’une lourdeur ou une raideur apparaît dans les poumons ou si la respiration devient rauque ou rêche ;
  • faire attention si de l’irritabilité, lassitude ou agitation apparaît, c’est le signe d’une pratique incorrecte ;
  • pour les femmes enceintes, éviter de pratiquer kapalabhati, bhastrika, visamavritti, antara kumbhaka et baya kumbakha avec uddiyana. Udiyanna est également à éviter pendant les règles.
  • En cas d’échauffement corporel important, arrêter la pratique pour la journée et pratiquer shavasana pendant au moins un quart d’heure.
  • préparer son esprit avant de pratiquer Pranayama.

Il serait trop long de développer plus avant l’art du Pranayama. Il est possible et conseillé de se reporter aux ouvrages consacrés à cette pratique et notamment le « Pranyama pradipika » de BKS Iyengar qui est une mine d’enseignements (voir bibliographie dans le poste « Le Prâna, les nadis, les vayus » sur ce site). Le mieux est de pratiquer sous la supervision d’un maître.

Yogacharya BKS Iyengar. Express archive photo

Le prâna, les nadis, les vayus

On traduit souvent prâna par souffle et trop souvent le prânayama est réduit à des techniques de respiration. Or, souffle et respiration ne sont pas identiques. pour comprendre de quoi il en retourne, il faut comprendre que le terme de prâna est composé d’une racine « an » qui signifie souffle, mais aussi vent et âme. Il est intéressant de faire le lien avec ce que nous connaissons dans nos traditions occidentales. Ainsi le terme de « Pneuma » en grec signifie tout à la fois souffle, haleine, respiration, mais aussi âme, coeur ou esprit (cf. https://www.universalis.fr/encyclopedie/saint-esprit/1-le-pneuma-dans-l-ancien-testament/). Quant au mot latin « spiritus« , il recouvre le même champ sémantique et a donné en français inspirer au double sens de respirer et de recevoir un esprit, une énergie créatrice.

Le terme de prâna désigne donc tout à la fois le souffle matériel, celui qui est à l’oeuvre dans le phénomène de la respiration, mais également de souffle immatériel. Une autre traduction de prâna est celle d’énergie primordiale, entendons par là celle qui se situe avant la création (le préfixe « pra » signifiant avant). Le prâna serait donc l’essence causale, l’énergie cause de toute chose ou encore l’énergie vitale.

Le prâna se manifeste donc tant sur le plan physique, que sur le plan plus subtil de prânamayakosha, l’enveloppe énergétique faite de vitalité, d’énergie vitale (prâna), qui anime le corps physique. Prânamayakosha fait la jonction entre l’enveloppe physique (anamayakosha) et l’enveloppe « psychologique », plus subtile (manomayakosha) qui elle est faite d’émotions et de pensées (elle est composée de manas, de citta et des cinq jnanendriyas).

Le prâna circule au travers de canaux, les nadis, dont les principaux sont ida, pingala et la sushumna. Ces nadis assurent la circulation de l’énergie au travers du corps physique mais également sur les plans subtils. selon les textes, ces nadis seraient au nombre de 72000 (selon les Vedas) ou de 350000 selon certaines écoles. Peu importe le chiffre, ce qu’il est important de retenir c’est que ces nombres expriment l’importance de la circulation énergétique au sein des diverses enveloppes qui nous constituent.

Mais, le prâna ne circule pas de n’importe quelle façon, il est transporté dans les nadis par les vayus (littéralement les vents), qui sont au nombre de 49, mais dont, souvent, on retient les cinq principaux qui sont :

  • Prâna vayu, (à ne pas confondre avec le prâna) est le souffle qui va vers l’intérieur. C’est ce vayu qui sert faire pénétrer l’énergie dans le corps au travers du souffle, de la nourriture, des perceptions sensorielles, des émotions, des sensations etc., donc de ce qui est susceptible d’aller de l’extérieur vers l’intérieur. Il est essentiellement localisé au niveau du cœur et de la  poitrine (Anahata Chakra) et en lien avec l’élément Air. C’est principalement ce vayu qui est sollicité pour faire descendre le prâna dans le coeur. C’est aussi le souffle nourrissier qui distribue l’énergie aux organes vitaux du corps physique.
  • Apana vayu, le souffle qui va vers l’extérieur. C’est le souffle qui préside à toutes les fonctions excrétrices et d’élimination. Il a son siège au niveau des reins, du colon, de la vessie, des organes génitaux et du rectum. Il est en lien avec Muladhara chakra et l’élément Terre. Le bon fonctionnement de ce vayu permet une bonne élimination tant sur le plan physique (fonctions excrétrices, détoxification) que sur le plan mental et émotionnel (élimination des pensées et émotions perturbatrices).
  • Samana vayu, est le vayu en lien avec agni, le feu. C’est le vayu de la digestion en lien avec le chakra Manipura. Il circule de façon concentrique de l’extérieur vers l’intérieur. Les organes liés à Samana vayu sont : l’estomac, les poumons et le cerveau. Samana vayu collecte et redistribue l’énergie absorbée par la nourriture, les sens, la respiration. Il est complémentaire de prâna vayu qui apporte ces éléments.
  • Udana vayu, le souffle qui sort du corps. Il circule de bas en haut et est localisé au niveau du chakra de la gorge, Vishudda et est donc relié à l’élement Ether et il est en lien avec les sens de la vue, de l’odorat et de l’ouïe. Udana vayu est le vayu de l’action et de la purification d’Ajna chakra. Il permet le contrôle du corps et de l’esprit, il permet également la parole. Agissant sur le plan mental, il permet l’effort, la volonté. Udana vayu dirige le flot d’énergie des plans de conscience les plus bas vers les plus élevés et permet de lutter contre l’assoupissement. Circulant dans la Sushumna, il est assimilé à la Kundalini Shakti.
  • Viyana vayu, le souffle de l’unité est localisé dans tout le corps. Il est responsable de la bonne circulation des énergies apportées par l’alimentation, la respiration, mais aussi les pensées et les émotions. Dans la mesure où il assure cohésion et coordination, il est en lien avec l’élément de la cohésion, à savoir l’Eau. Il coordonne et régule le mouvement du prâna dans les nadis et il coordonne également les autres vayus. Ce vayu agit également sur l’équilibre. Son mouvement va de l’intérieur vers la périphérie. Dans la mesure où il imprègne l’ensemble du corps, il agit sur la locomotion, et la coordination des mouvements physiques.
Les cinq vayus, leur localisation, le sens de leur mouvement

La connaissance de ces vayus, de leur rôle dans la circulation du prâna et de leurs liens avec les chakras et les divers nadis permet de comprendre combien il est important de conserver un bon équilibre dans l’action des vayus et une bonne répartition du prâna. Pour ce faire, l’utilisation de certains asanas qui vont stimuler certains chakras de façon privilégiée peuvent aider à mettre en branle les vayus correspondant et à faire circuler l’énergie. Mais il est important de ne pas perdre de vue que ces vayus sont interdépendants. Un bon équilibre suppose donc que tous les vayus puissent fonctionner de façon optimale et pour cela que les nadis ne soient pas obturés. C’est là qu’interviennent notamment les exercices de pranayama qui vont favoriser le déblocage des nadis. Attention toutefois que certains exercices mal effectués peuvent créer des déséquilibres graves. Il est donc préférable de travailler le pranayama sous la direction d’un enseignant formé.

Pour aller plus loin :

  • A. Van Lysebeth, « Pranayama la dynamique du souffle », éd. Flammarion
  • J. Choque, « Respiration et pranayama », éd. Jouvence
  • B. K. S. Llyengar, « Pranayama dipika, lumière sur le pranayama », éd. Buchet Chastel

Samkhya et yoga


Le Samkhya est une doctrine philosophique, une vision du monde, un des six points de vue (Darsana) de l’hindousisme, attribué à un personnage dont on sait peu de choses : Kapila.

Cette philosophie a été compilée dans un texte appelé Samkhiakarika qui a été composé entre le 4ème et le 5ème siècle de notre ère) par Īśvarakrishna.

Le Samkhya entretien des rapports étroits avec le yoga. Il représente l’aspect théorique, là où le yoga représente l’aspect pratique. Samkhya et yoga toutefois ne s’opposent pas mais sont les deux faces d’une même médaille et les yoga sutras de Patanjali font très clairement référence aux Samkhya.

Un des points essentiels à retenir du Samkhya sont les Tattvas, soit les divers aspects de la matière, les modalités de la manifestation, de la plus subtile à la grossière.

Les Tattvas sont issus de la rencontre entre le pur non manifesté, Purusha, principe masculin, pure conscience, le Soi, immobile et silencieux et Prakriti, principe féminin, Nature Originelle ou primordiale, qui combine énergie et matière et qui est la cause essentielle de toute manifestation matérielle.

La Prakriti (ou manifestation) est composée de trois gunas : Sattva, Rajas et Tamas, trois « qualités », trois aspects dont le monde est tissé et dont nous parlerons une prochaine fois.

De cette rencontre de Purusha et Prakriti naît l’intellect (Buddhi, littéralement : « l’éveil ») qui a une dimension « cosmique ».

De Budhi provient le principe d’individuation (l’égo, le moi ou le soi (mais non le Soi), appelé ahamkara, littéralement le faiseur de moi.
De ce dernier est issue la pensée (manas) ou le mental qui est directement en contact (i) avec les cinq sens (les Indriyas, qui sont à considérer comme des énergies actives, plus que des organes récepteurs passifs et (ii) les cinq facultés d’action (Karmendriyas) de ces sens qui s’expriment par les fonctions de parler, de saisir, de marcher, d’évacuer et par les relations sexuelles, et qui ont pour siège la voix, les mains, les pieds, l’anus et les organes génitaux. Le manas analyse et classe les informations reçues de ces indriyas et karmendriyas.

Puis viennent les cinq éléments subtils (tanmātras) qui ne sont pas perceptibles comme objets des sens, sauf pour les dieux et les yogis. Ces tanmantras sont :

  • Śabda: le son ou substance de perception de l’ouie (śrotra);
  • sparśa: le toucher ou substance de perception du toucher (tvak);
  • rūpa: la forme ou substance de perception de la vue (caksus);
  • rasa: la saveur ou substance de perception du goût (jihvā);
  • gandha: l’odeur ou substance de perception de l’odorat (ghrāṇa).

Des cinq éléments subtils proviennent enfin les cinq éléments grossiers (mahābhūta),perceptibles comme objets des sens et qui sont: l’Espace, l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre. Ceux-ci sont en correspondance directe avec les cinq éléments subtils (tanmātra).

Le yoga consiste notamment à expérimenter les divers états de la matière, du plus grossier au plus subtil, et la pratique permet de passer au travers de ces divers états pour remonter à la source, jusqu’au Soi. C’est le chemin de l’éveil (Moksha) du yogi tel que l’envisage Patanjali. On peut dire du Samkhya qu’il est le fondement métaphysique du yoga.

Une chose est certaine, qu’on adhère ou non à cette vision métaphysique, on ne peut pratiquer et comprendre le yoga sans se référer au Samkhya. Que ce soit la Hata yoga ou le yoga nidra, leur pratique repose sur cette conception métaphysique. La connaître, la comprendre, permet de mieux appréhender les choses si l’ion veut faire du yoga autre chose qu’une gymnastique.

C’est en intégrant le Samkhya qu’on comprendra pourquoi en yoga on parle de corps subtil, des divers koshas, de kundalini, de chakras, de nâdis, de prânâ etc. Ce ne sont pas que des termes exotiques qu’on peut utiliser dans une soirée entre amis (au risque de paraître un peu étrange), ce sont des éléments essentiels de la philosophie du yoga qui reposent sur le Samkhya en grande partie.

Pour aller plus loin :

  • A. E. Esnoul, Les Strophes de Samkhya. Éd. Les Belles Lettres;
  • M. Eliade, Patañjali et le Yoga, 220 pages, éd du Seuil
  • P. Feuga et T Michaël, Le yoga, éd. Que sais-je ?
  • T. Michaël, Voies du yoga, éd. du Seuil, coll. sagesses;
  • B. Bouanchaud, Les Samkhya Karika d’Isvarakrsn, éd. Agamât;
  • J. Varenne, Aux Sources du yoga, éd. Jacqueline Renard;
  • F. Mazet, Yoga-Sutras – Patanjali – Traduction et commentaires, éd Albin Michel