Le yoga selon Patanjali

« Le yoga est donc l’art qui amène un esprit incohérent et dispersé à un état de réflexion et de cohérence »

B.K.S Iyengar, « Pranayama pradipika »,

Qu’est-ce qui nous fait agir, réfléchir, comprendre ? Selon Patanjali et tous les grands philosophes du yoga, ce qui nous fait réfléchir, agir et comprendre, c’est la conscience (« Chitta »), qui est formée de trois éléments que sont l’esprit (« manas »), l’intellect (« buddhi ») et l’ego, le soi (avec un petit « s ») (« ahamkara »).

« Manas », c’est l’esprit au sens où nous l’entendons habituellement, le mental. « Manas » collecte et centralise l’ensemble des données procurées par les sens, il les traite et permet d’avoir une relation d’objet. Manas est ce qui produit les idées, ce qui pense, nourri par les perceptions. Il est en lien direct avec les fonctions de perception (« Indriyas ») et d’action (« karmendriyas ») et il les coordonne. Il est important de comprendre que manas est de même nature que ces fonctions de perception et d’action. « Manas » est toujours en mouvement, produit des idées, interprète les sensations et produit des émotions, des réactions. C’est par « manas » que nous désirons et éprouvons de la répulsion. « Manas » est donc ce que le yogi cherche à discipliner par sa pratique pour éviter ce mouvement perpétuel qui le fait fuir ce qu’il estime désagréable et rechercher ce qu’il trouve agréable (répulsion/désir, appétence).

« Ahamkara », est le principe qui permet l’individuation, le « moi ». En considérant les choses comme « miennes », en s’appropriant les perceptions et les expériences, « ahamkara » permet de construire une identité apte à dire « je » par opposition à ce qui est autre. « Ahamakara » peut donc être un principe qui engendre l’auto-limitation : « je pense que je suis ceci », excluant du même coup tout ce qui n’est pas conforme à la perception de ce « je ». « Ahamkara » n’est finalement qu’une collection, une accumulation d’images de soi, plus ou moins fluctuantes. Il n’est donc pas définitivement assigné.

« Bhuddi » désigne la conscience par excellence, la conscience intuitive, lucide qui permet de prendre des décision, de raisonner, de discerner, d’imaginer, de discriminer. La fonction de discernement de « bhuddi » est essentielle car c’est elle, au-delà des mouvements de manas qui nous conduisent à désirer ou rejeter, qui permet de déterminer ce qu’il convient de garder et ce qu’il faut rejeter, ce qui est « bon » ou « mauvais » non pas au sens exclusivement moral, mais au sens de ce qui permet ou non la libération. « Bhuddi » est une sorte de miroir qui réfléchit le Soi, le principe divin. Il est donc nécessaire que ce miroir puisse réfléchir au mieux et pour cela il faut le polir. C’est le travail du yogi.

Toutefois, la difficulté vient de ce que nous rencontrons systématiquement cinq obstacles sur la route de l’éveil : l’ignorance (avidyâ), l’égoïsme (asmita), l’attachement (raga), l’aversion (dvesa) et l’amour ou l’attachement à la vie (abhinivesa). Ce sont ces cinq obstacle qui, selon leur prépondérance font que la conscience (« chitta ») sera plus ou moins active.

On distingue généralement cinq états de la « chitta » : l’engourdissement (mudha), la fluctuation (ksipta), la stabilité partielle (viksipta), la stabilité et la concentration sur un seul objet (« ekagrata ») et enfin, la « chitta » maîtrisée (niruddha). Le travail du yogi est de faire en sorte que les désirs (« vasanas ») cessent d’alimenter « chitta » afin de la purifier. Et c’est une fois purifiée que « chitta » peut devenir source d’éveil.

Les huit étapes du yoga décrites par Patanjali permettent de vaincre un à un ces obstacles. Yama et Niyama (les préceptes éthiques) permettent de vaincre la conscience engourdie, asanas et pranayama permettent de la stabiliser, pranayama et pratyhara (le retrait des sens) facilitent la concentration et l’attention. Enfin la conscience stable est maîtrisée grâce à dyahna et samhadi. Aucune de ces étapes ne peut être négligée ou méconnues afin de permettre au yogi de connaître son corps et son esprit, mais aussi son moi et son intellect et d’avancer dans la voie de la réalisation qui, selon les philosophes du yoga est en fait une voie de dissolution du « moi » dans le divin. Le chemin part des koshas les plus externes, du corps de nourriture, pour accéder petit à petit à l’esprit, puis à l’intellect et à la conscience qui elle-même va permettre de remonter à l’Atman (le Soi).

Le yoga est donc bien autre chose qu’un ensemble de postures plus ou moins esthétiques ou acrobatiques. C’est un chemin de vie, un chemin de réalisation qui passe par la maîtrise du corps, grâce aux asanas et au pranayama notamment et par la maîtrise de l’esprit.

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