Le prâna, les nadis, les vayus

On traduit souvent prâna par souffle et trop souvent le prânayama est réduit à des techniques de respiration. Or, souffle et respiration ne sont pas identiques. pour comprendre de quoi il en retourne, il faut comprendre que le terme de prâna est composé d’une racine « an » qui signifie souffle, mais aussi vent et âme. Il est intéressant de faire le lien avec ce que nous connaissons dans nos traditions occidentales. Ainsi le terme de « Pneuma » en grec signifie tout à la fois souffle, haleine, respiration, mais aussi âme, coeur ou esprit (cf. https://www.universalis.fr/encyclopedie/saint-esprit/1-le-pneuma-dans-l-ancien-testament/). Quant au mot latin « spiritus« , il recouvre le même champ sémantique et a donné en français inspirer au double sens de respirer et de recevoir un esprit, une énergie créatrice.

Le terme de prâna désigne donc tout à la fois le souffle matériel, celui qui est à l’oeuvre dans le phénomène de la respiration, mais également de souffle immatériel. Une autre traduction de prâna est celle d’énergie primordiale, entendons par là celle qui se situe avant la création (le préfixe « pra » signifiant avant). Le prâna serait donc l’essence causale, l’énergie cause de toute chose ou encore l’énergie vitale.

Le prâna se manifeste donc tant sur le plan physique, que sur le plan plus subtil de prânamayakosha, l’enveloppe énergétique faite de vitalité, d’énergie vitale (prâna), qui anime le corps physique. Prânamayakosha fait la jonction entre l’enveloppe physique (anamayakosha) et l’enveloppe « psychologique », plus subtile (manomayakosha) qui elle est faite d’émotions et de pensées (elle est composée de manas, de citta et des cinq jnanendriyas).

Le prâna circule au travers de canaux, les nadis, dont les principaux sont ida, pingala et la sushumna. Ces nadis assurent la circulation de l’énergie au travers du corps physique mais également sur les plans subtils. selon les textes, ces nadis seraient au nombre de 72000 (selon les Vedas) ou de 350000 selon certaines écoles. Peu importe le chiffre, ce qu’il est important de retenir c’est que ces nombres expriment l’importance de la circulation énergétique au sein des diverses enveloppes qui nous constituent.

Mais, le prâna ne circule pas de n’importe quelle façon, il est transporté dans les nadis par les vayus (littéralement les vents), qui sont au nombre de 49, mais dont, souvent, on retient les cinq principaux qui sont :

  • Prâna vayu, (à ne pas confondre avec le prâna) est le souffle qui va vers l’intérieur. C’est ce vayu qui sert faire pénétrer l’énergie dans le corps au travers du souffle, de la nourriture, des perceptions sensorielles, des émotions, des sensations etc., donc de ce qui est susceptible d’aller de l’extérieur vers l’intérieur. Il est essentiellement localisé au niveau du cœur et de la  poitrine (Anahata Chakra) et en lien avec l’élément Air. C’est principalement ce vayu qui est sollicité pour faire descendre le prâna dans le coeur. C’est aussi le souffle nourrissier qui distribue l’énergie aux organes vitaux du corps physique.
  • Apana vayu, le souffle qui va vers l’extérieur. C’est le souffle qui préside à toutes les fonctions excrétrices et d’élimination. Il a son siège au niveau des reins, du colon, de la vessie, des organes génitaux et du rectum. Il est en lien avec Muladhara chakra et l’élément Terre. Le bon fonctionnement de ce vayu permet une bonne élimination tant sur le plan physique (fonctions excrétrices, détoxification) que sur le plan mental et émotionnel (élimination des pensées et émotions perturbatrices).
  • Samana vayu, est le vayu en lien avec agni, le feu. C’est le vayu de la digestion en lien avec le chakra Manipura. Il circule de façon concentrique de l’extérieur vers l’intérieur. Les organes liés à Samana vayu sont : l’estomac, les poumons et le cerveau. Samana vayu collecte et redistribue l’énergie absorbée par la nourriture, les sens, la respiration. Il est complémentaire de prâna vayu qui apporte ces éléments.
  • Udana vayu, le souffle qui sort du corps. Il circule de bas en haut et est localisé au niveau du chakra de la gorge, Vishudda et est donc relié à l’élement Ether et il est en lien avec les sens de la vue, de l’odorat et de l’ouïe. Udana vayu est le vayu de l’action et de la purification d’Ajna chakra. Il permet le contrôle du corps et de l’esprit, il permet également la parole. Agissant sur le plan mental, il permet l’effort, la volonté. Udana vayu dirige le flot d’énergie des plans de conscience les plus bas vers les plus élevés et permet de lutter contre l’assoupissement. Circulant dans la Sushumna, il est assimilé à la Kundalini Shakti.
  • Viyana vayu, le souffle de l’unité est localisé dans tout le corps. Il est responsable de la bonne circulation des énergies apportées par l’alimentation, la respiration, mais aussi les pensées et les émotions. Dans la mesure où il assure cohésion et coordination, il est en lien avec l’élément de la cohésion, à savoir l’Eau. Il coordonne et régule le mouvement du prâna dans les nadis et il coordonne également les autres vayus. Ce vayu agit également sur l’équilibre. Son mouvement va de l’intérieur vers la périphérie. Dans la mesure où il imprègne l’ensemble du corps, il agit sur la locomotion, et la coordination des mouvements physiques.
Les cinq vayus, leur localisation, le sens de leur mouvement

La connaissance de ces vayus, de leur rôle dans la circulation du prâna et de leurs liens avec les chakras et les divers nadis permet de comprendre combien il est important de conserver un bon équilibre dans l’action des vayus et une bonne répartition du prâna. Pour ce faire, l’utilisation de certains asanas qui vont stimuler certains chakras de façon privilégiée peuvent aider à mettre en branle les vayus correspondant et à faire circuler l’énergie. Mais il est important de ne pas perdre de vue que ces vayus sont interdépendants. Un bon équilibre suppose donc que tous les vayus puissent fonctionner de façon optimale et pour cela que les nadis ne soient pas obturés. C’est là qu’interviennent notamment les exercices de pranayama qui vont favoriser le déblocage des nadis. Attention toutefois que certains exercices mal effectués peuvent créer des déséquilibres graves. Il est donc préférable de travailler le pranayama sous la direction d’un enseignant formé.

Pour aller plus loin :

  • A. Van Lysebeth, « Pranayama la dynamique du souffle », éd. Flammarion
  • J. Choque, « Respiration et pranayama », éd. Jouvence
  • B. K. S. Llyengar, « Pranayama dipika, lumière sur le pranayama », éd. Buchet Chastel

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