Samkhya et yoga


Le Samkhya est une doctrine philosophique, une vision du monde, un des six points de vue (Darsana) de l’hindousisme, attribué à un personnage dont on sait peu de choses : Kapila.

Cette philosophie a été compilée dans un texte appelé Samkhiakarika qui a été composé entre le 4ème et le 5ème siècle de notre ère) par Īśvarakrishna.

Le Samkhya entretien des rapports étroits avec le yoga. Il représente l’aspect théorique, là où le yoga représente l’aspect pratique. Samkhya et yoga toutefois ne s’opposent pas mais sont les deux faces d’une même médaille et les yoga sutras de Patanjali font très clairement référence aux Samkhya.

Un des points essentiels à retenir du Samkhya sont les Tattvas, soit les divers aspects de la matière, les modalités de la manifestation, de la plus subtile à la grossière.

Les Tattvas sont issus de la rencontre entre le pur non manifesté, Purusha, principe masculin, pure conscience, le Soi, immobile et silencieux et Prakriti, principe féminin, Nature Originelle ou primordiale, qui combine énergie et matière et qui est la cause essentielle de toute manifestation matérielle.

La Prakriti (ou manifestation) est composée de trois gunas : Sattva, Rajas et Tamas, trois « qualités », trois aspects dont le monde est tissé et dont nous parlerons une prochaine fois.

De cette rencontre de Purusha et Prakriti naît l’intellect (Buddhi, littéralement : « l’éveil ») qui a une dimension « cosmique ».

De Budhi provient le principe d’individuation (l’égo, le moi ou le soi (mais non le Soi), appelé ahamkara, littéralement le faiseur de moi.
De ce dernier est issue la pensée (manas) ou le mental qui est directement en contact (i) avec les cinq sens (les Indriyas, qui sont à considérer comme des énergies actives, plus que des organes récepteurs passifs et (ii) les cinq facultés d’action (Karmendriyas) de ces sens qui s’expriment par les fonctions de parler, de saisir, de marcher, d’évacuer et par les relations sexuelles, et qui ont pour siège la voix, les mains, les pieds, l’anus et les organes génitaux. Le manas analyse et classe les informations reçues de ces indriyas et karmendriyas.

Puis viennent les cinq éléments subtils (tanmātras) qui ne sont pas perceptibles comme objets des sens, sauf pour les dieux et les yogis. Ces tanmantras sont :

  • Śabda: le son ou substance de perception de l’ouie (śrotra);
  • sparśa: le toucher ou substance de perception du toucher (tvak);
  • rūpa: la forme ou substance de perception de la vue (caksus);
  • rasa: la saveur ou substance de perception du goût (jihvā);
  • gandha: l’odeur ou substance de perception de l’odorat (ghrāṇa).

Des cinq éléments subtils proviennent enfin les cinq éléments grossiers (mahābhūta),perceptibles comme objets des sens et qui sont: l’Espace, l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre. Ceux-ci sont en correspondance directe avec les cinq éléments subtils (tanmātra).

Le yoga consiste notamment à expérimenter les divers états de la matière, du plus grossier au plus subtil, et la pratique permet de passer au travers de ces divers états pour remonter à la source, jusqu’au Soi. C’est le chemin de l’éveil (Moksha) du yogi tel que l’envisage Patanjali. On peut dire du Samkhya qu’il est le fondement métaphysique du yoga.

Une chose est certaine, qu’on adhère ou non à cette vision métaphysique, on ne peut pratiquer et comprendre le yoga sans se référer au Samkhya. Que ce soit la Hata yoga ou le yoga nidra, leur pratique repose sur cette conception métaphysique. La connaître, la comprendre, permet de mieux appréhender les choses si l’ion veut faire du yoga autre chose qu’une gymnastique.

C’est en intégrant le Samkhya qu’on comprendra pourquoi en yoga on parle de corps subtil, des divers koshas, de kundalini, de chakras, de nâdis, de prânâ etc. Ce ne sont pas que des termes exotiques qu’on peut utiliser dans une soirée entre amis (au risque de paraître un peu étrange), ce sont des éléments essentiels de la philosophie du yoga qui reposent sur le Samkhya en grande partie.

Pour aller plus loin :

  • A. E. Esnoul, Les Strophes de Samkhya. Éd. Les Belles Lettres;
  • M. Eliade, Patañjali et le Yoga, 220 pages, éd du Seuil
  • P. Feuga et T Michaël, Le yoga, éd. Que sais-je ?
  • T. Michaël, Voies du yoga, éd. du Seuil, coll. sagesses;
  • B. Bouanchaud, Les Samkhya Karika d’Isvarakrsn, éd. Agamât;
  • J. Varenne, Aux Sources du yoga, éd. Jacqueline Renard;
  • F. Mazet, Yoga-Sutras – Patanjali – Traduction et commentaires, éd Albin Michel


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :