Lâcher prise

Combien de fois nous sommes nous tendus pour entrer dans une posture, pour pouvoir y rester ? Combien de fois avons nous lutté contre nous-même, notre corps et avons nous contraint notre esprit à coup de volonté plus ou moins déterminée ? Et pourquoi cette lutte ? Y avons nous réfléchi ? Besoin de faire bien ? souci du regard de l’autre ? Envie de ne pas décevoir le prof ? Envie de ne pas se décevoir, de tout faire pour correspondre à l’image qu’on a de soi ?

Ou alors, combien de fois avons nous renoncé, abandonné la posture parce que « trop c’est trop », parce qu’on se demande jusqu’où ce prof va aller en exigeant de tells contorsions. Combien de fois nous sommes nous dit « je ne viens pas ici pour souffrir » ou bien avons nous pensé « tant pis si les autres y arrivent, ce n’est pas pour moi » ?

Que celles et ceux qui n’ont jamais eu de telles pensées m’écrivent. Que tous ceux qui ont eu un parcours « idéal » ou « indolore » dans leur découverte du yoga n’hésitent pas à me contacter.

Alors comment rendre la posture plus confortable ? D’abord en n’allant pas jusqu’à son extrême limite. Parfois revenir un peu en-deçà suffit à soulager et rendre la posture beaucoup plus aisée. Ensuite, en essayant de relâcher tous les muscles qui ne servent pas à maintenir la posture, ou en modifiant légèrement l’alignement, ou la position d’un membre. Surtout en se rappelant qu’il n’y a pas de posture idéale et qu’on n’est pas en compétition avec soi-même, en acceptant ses difficultés et ses limites.

Et si au lieu de se tendre et de lutter ou au lieu de renoncer, on commençait simplement par observer ce qui se passe quand nous sommes dans une posture, observer là où ça tire, là où c’est inconfortable et qu’on se demande comment on pourrait faire pour rendre la posture plus confortable. Le yoga sûtra de Patanjali ne dit-il pas « Shtira sukham asanam » autrement dit que le posture doit être à la fois ferme (« shtira ») et confortable (« sukham ») ?

Et puis, une fois que la posture devient « tenable », suffisamment confortable, il faut observer son souffle et les mouvements de son esprit. Où est mon mental à ce moment précis ? Comment est-ce que je réagis ? Suis-je en train de me focaliser sur l’inconfort, plutôt que de penser à respirer et à relâcher ce qui le peut être ? Mon esprit est-il en train de vagabonder sur l’après, parce qu’une fois sorti de la posture, ce sera mieux, ou parce que je m’inquiète de ce que le prof va encore nous demander dans ce cours qui n’en finit pas ?

Et si en début de cours je prenais la résolution d’accepter ? Accepter ce qui va venir, ce qui va me surprendre, accepter l’inconfort relatif des postures qui font travailler certaines zones de mon corps plus difficiles, là où je n’ai pas l’habitude de travailler. Accepter que mon corps n’est pas parfait, accepter que la posture ne soit pas parfaite, accepter que réaliser cette posture prendra du temps. Accepter de me laisser le temps de travailler la posture, d’en goûter la saveur jour après jours, accepter que je n’irai peut-être jamais au-delà d’une certaine limite. Accepter et lâcher prise.

Lâcher prise ne signifie pas abandonner, mais être conscient et ne pas chercher à aller au-delà, ne pas se tendre, s’arc-bouter pour réussir à tout prix. Il y a autant, voire plus, à apprendre dans l’échec (mais peut-on vraiment parler d’échec) que dans le succès. Accepter d’avoir un peu de bienveillance envers soi n’est pas un luxe ni une erreur.

Et si vous commenciez aujourd’hui ?

2 commentaires sur « Lâcher prise »

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